Table des matières
La tribu, c’est notre force, et ceux qui disent le contraire se font des illusions. On compte les uns sur les autres pour se nourrir, se soutenir émotionnellement, se responsabiliser, partager nos connaissances, créer ensemble, être créatifs, se tenir compagnie, se reproduire, et bien plus encore. Ceux qui apprennent à coopérer et à créer des liens solides avec les autres vont loin dans la vie.
Et puis, il y a ceux d’entre nous qui ont un peu trop besoin des autres. On peut être désespérés d’obtenir leur approbation, leur attention ou leur validation. On vit avec une faim insatiable, une anxiété corrosive, une douleur implacable dans la poitrine.
Quand on est avec certaines personnes, on sent la balance pencher petit à petit en leur faveur. Notre énergie est attirée vers elles, et on devient anxieux et réactif. On devient paranoïaque à l’idée de les offenser et on remet en question tout ce qu’on dit. On suit leurs mouvements et on devient rancunier et effrayé quand elles parlent à quelqu’un d’autre. On pense souvent à elles et on rêve à quel point elles sont incroyables.
Que se passe-t-il ?
L’attachement : la voie rapide vers l’amour
La manifestation psychologique du « besoin des autres » est l’attachement.
L’attachement est comme un cordon ombilical émotionnel invisible et bidirectionnel. Plus deux personnes partagent d’expériences positives, plus les fils de l’attachement se multiplient et plus celui-ci se renforce.
L’attachement prend du temps à se développer et transforme radicalement nos relations. Quand on est attaché à quelqu’un, on s’investit complètement dans cette personne. Son bien-être devient primordial et on fait tout ce qu’on peut pour qu’elle reste en bonne santé et heureuse. Son opinion a énormément d’importance. Sa désapprobation fait mal. Sa croissance devient la nôtre. Tout ça est super important pour la survie et l’épanouissement des êtres humains.
L’attachement devient une partie de nous, un peu comme un membre, et perdre une personne à qui on est attaché est donc très douloureux. Son absence, qu’elle soit temporaire ou permanente, donne l’impression de perdre un membre. Les douleurs fantômes liées à l’attachement à quelqu’un qui n’est plus là peuvent nous hanter pendant des mois, voire des années.
Ce n’est pas seulement l’absence physique qui peut faire mal, mais aussi l’absence émotionnelle. Quand quelqu’un est là pour nous, à l’écoute et attentionné, notre attachement à cette personne grandit. Mais quand cette personne est distraite, indifférente ou méprisante, on ressent une rupture psychologique dans l’attachement. Ça peut mener à la peur de l’abandon, ainsi qu’à la honte de ne pas être assez bien pour cette personne. Si ça arrive tôt dans la vie, ça peut avoir un impact négatif sur notre façon de voir les relations.
L’attachement anxieux : la cause profonde de la dépendance affective
Tous les attachements ne se valent pas. Dans notre enfance, le premier attachement que nous développons est celui à notre mère. Si elle est toujours présente, calme, à l’écoute et attentive à nous, nous développons un attachement sécurisant à son égard. En nous basant sur cet attachement, nous nous connectons ensuite facilement aux autres et développons des attachements satisfaisants tout au long de notre vie.
Cependant, si notre mère a été incohérente dans sa présence, son calme, son écoute et son attention, nous aurions connu de nombreuses ruptures dans l’attachement, où nous aurions été submergés par la terreur et la honte. Beaucoup de mères font de leur mieux, mais sont gênées par des maris violents, le stress, des troubles mentaux et des addictions.
La plupart des mamans essaient d’être à l’écoute et aimantes, ce qui donne à leur enfant l’espoir de pouvoir développer un attachement sécurisant envers elle. Avec le temps, cependant, sa capacité à être à l’écoute et à s’attacher est compromise, et l’enfant ne comprend pas pourquoi. Tout ce qu’il sait, c’est que sa mère est parfois disponible et aimante, tandis qu’à d’autres moments, elle est froide, susceptible ou même en colère.
Il n’y a ni rime ni raison ni prévisibilité dans le comportement d’une telle mère.
Son amour et sa disponibilité sont aléatoires. Il en résulte un attachement anxieux, car l’enfant ne sait jamais quand la couverture de l’attachement lui sera retirée. Tout comme une machine à sous, la mère de l’enfant anxieux lui offre un renforcement intermittent, l’enfant étant « récompensé » par de l’amour à des moments aléatoires, avant d’en être soudainement privé sans raison.
Comprendre et gérer l’attachement anxieux
L’enfant anxieux apporte un style anxieux dans toutes ses relations. En conséquence, il est constamment tourmenté par deux blessures centrales majeures :
- Honte chronique : la personne anxieuse a un complexe d’infériorité. Elle ne peut s’empêcher de se sentir imparfaite, indigne et pas assez bonne.
- Traumatisme d’abandon : parce qu’elle se sent pas assez bien, la personne anxieuse reste hyper vigilante et a peur que les gens la quittent. La terreur atroce d’avoir été émotionnellement abandonnée par sa mère pendant son enfance reste ancrée dans son âme et son psychisme, la hantant à tout moment.
À cause de ce traumatisme, la personne anxieuse a super peur d’être seule. En plus, comme le renforcement intermittent l’a marquée pour toujours, elle ne peut jamais se sentir complètement sécurisante dans son attachement à quelqu’un. Elle est constamment hyper vigilant, à l’affût du moindre signe de rejet ou d’abandon. Pour gérer leur anxiété et leur honte, ils s’efforcent de rester parfaits, de ne jamais faire rien de mal, tout en surveillant les moindres faits et gestes de l’autre et en ne le quittant jamais, de peur d’être abandonné. La plupart du temps, tout ça se passe dans leur imagination, car ils projettent leur traumatisme et leur schéma anxieux sur quelqu’un qui vit probablement la relation de manière complètement différente.
Vivre dans un tel état est épuisant et destructeur. Plus tu t’accroches à quelqu’un, plus il s’éloigne. Plus il s’éloigne, plus tu ressens de la honte. Plus tu ressens de la honte, plus tu te sens inférieur, et plus tu es convaincu que l’autre personne va te quitter, ce qui te pousse à t’accrocher encore plus, et le cycle se répète.
Pour mettre fin à cette dynamique vicieuse, tu dois t’attaquer de front aux causes profondes. Cela implique de plonger au cœur de la solitude, ainsi que d’affronter et de libérer le noyau de ton anxiété : ton complexe d’infériorité fondé sur la honte.
Entrer dans le vide : affronter la peur de la solitude
Les gens anxieux s’accrochent parce qu’ils ont super peur d’être seuls. Même s’ils sont juste émotionnellement abandonnés, la terreur les saisit. Ils essaient donc de rester physiquement proches de la personne à laquelle ils sont attachés tout en se comportant de leur mieux, dans l’espoir que ça leur apporte harmonie, attention et affection.
La façon la plus efficace de gérer la peur est de se demander quel est le pire scénario possible, puis de se jeter à l’eau.
Dans le cas d’une personne anxieuse et attachée, elle peut imaginer que la personne à laquelle elle est le plus attachée la déteste et l’abandonne pour toujours. Que se passerait-il ensuite ? Mourrait-elle ? La terreur et la honte paralysante qui en résulteraient la laisseraient-elles brisée et démunie ? Le monde entier le saurait-il et se moquerait-il d’elle et ne voudrait-il plus rien avoir à faire avec elle ?
Probablement pas. Mais être abandonné émotionnellement ou physiquement par la personne à laquelle on est attaché peut donner l’impression que c’est la fin du monde. Même y penser peut être terrifiant.
La première étape pour sortir de ce handicap consiste à s’isoler, à passer du temps seul et à méditer sur la panique qui en résulte. Cela peut se traduire par une longue promenade, une journée passée dans sa chambre sans aucun contact extérieur, ou même un voyage seul dans un autre endroit.
T’immerger dans la solitude peut sembler impossible quand tu es anxieux et attaché. Au début, ça va complètement te paralyser. Tu peux même avoir des crises de panique. L’idée est de commencer par quelque chose de gérable, puis d’augmenter le niveau de difficulté. Ne pars pas à l’autre bout du monde avec un aller simple pour commencer, mais va plutôt au cinéma seul ou fais une promenade dans un endroit où tu n’es jamais allé.
Quand tu t’isoles, limite les contacts avec les personnes auxquelles tu es attaché et essaie de laisser ton téléphone éteint ou à la maison. Tu ne dois avoir aucune « bouée de sauvetage » sur laquelle te reposer. Il ne doit y avoir que toi et le vide. Ça demande un état d’esprit de guerrier et la volonté de plonger au cœur de ta peur. Si tu arrives à gérer la tension et le malaise que ça implique, tu transformeras ton anxiété en calme intérieur et en détermination. C’est une belle pratique spirituelle.
Ne plus se sentir inférieur : gérer la honte
Les comportements collants peuvent être tellement extrêmes et envahissants que la personne anxieuse en oublie complètement la cause profonde.
La honte est l’émotion que tu ressens lorsque tu ne réponds pas à une norme que tu considères comme importante. Si les personnes auxquelles tu es principalement attaché sont déçues par ce que tu fais, tu te sens coupable. Cependant, si elles te rejettent ouvertement pour ce que tu es, tu ressens de la honte.
Non seulement les gens peuvent provoquer la honte, mais des normes arbitraires peuvent aussi le faire. Si tu veux être mince, tu peux ressentir de la honte lorsque tu prends du poids ou si tu rencontres quelqu’un qui semble plus en forme que toi. Si tu veux être aimé, tu ressentiras de la honte lorsque les personnes auxquelles tu es attaché ne t’acceptent pas et ne se réjouissent pas de ta présence. En fin de compte, la honte est l’émotion qui te rappelle que tu n’es pas à la hauteur. Que tu n’es pas assez bien, quelle que soit la signification que tu donnes à « assez bien ». C’est principalement subjectif et varie d’une personne à l’autre.
Les personnes anxieusement attachées vivent avec le sentiment constant de ne pas être à la hauteur. Elles sont rongées par la honte et, pour éviter la souffrance liée à cette honte refoulée, elles font tout ce qui est en leur pouvoir pour « être à la hauteur ». Elles apaisent les autres et coopèrent avec eux pour prouver qu’elles sont dignes d’être aimées. Elles flattent les autres et les mettent sur un piédestal, ce qui les aide à se sentir sécurisantes dans leur attachement à quelqu’un de « supérieur ».
Pour surmonter définitivement l’attachement anxieux, tu devras abandonner tes comportements visant à plaire aux autres, puis laisser le sentiment de honte t’envahir. Au début, ce sera une expérience horrible. Une vie entière de honte peut conduire à des « épisodes de honte » qui te paralysent pendant des jours, voire des semaines. Tu te sens léthargique et déprimé. Ton cerveau s’arrête de fonctionner. Une voix critique dans ta tête te critique, te disant à quel point tu es inutile et nul. Tu commences à te comparer constamment aux autres, à trouver des moyens de prouver que tout le monde est meilleur que toi. Tes épaules s’affaissent, tu baisses les yeux et tu évites le contact visuel. Tu ressens un désir irrésistible de te cacher du monde et de ne plus jamais en sortir.
C’est la honte. C’est l’émotion que ressentent toutes les personnes anxieuses et attachées, mais qu’elles reconnaissent rarement. Tout comme le traumatisme de l’abandon et la peur d’être seul, la seule issue est de traverser cette émotion. Plus tu te permets de ressentir la honte sans y réagir, plus tu peux te libérer. Cela peut prendre des mois, voire plus, mais tu finiras par t’en libérer. Tu peux passer des semaines à te sentir plus fort, puis retomber dans la honte. Chacun traverse son propre processus.
La honte surgira probablement lorsque tu seras seul, car tu te sentiras comme un solitaire que personne n’apprécie. Si tu y résistes ou si tu la transformes en pensées, elle se recyclera. Si tu peux l’accepter sans t’y engager, elle s’estompera progressivement. Le fait de vouloir qu’elle s’estompe la maintiendra. Il suffit de l’accepter avec amour, sans attente, même lorsque tu ressens le besoin d’y réagir.
Quand la honte devient trop forte, tu peux la partager avec quelqu’un d’autre. Tu as peut-être un thérapeute, un ami proche, un membre de ta famille ou un groupe de soutien. Ça peut être aussi simple que de dire « j’ai honte » ou « je me sens inférieur/indigne/indigne d’être aimé ». C’est différent de la dépendance affective, car c’est authentique et ça implique que tu assumes la responsabilité de ce que tu ressens. En partageant ta honte, le regard aimant d’une autre personne peut t’aider à guérir. Quand la honte se nourrit du secret, l’exposer à la lumière peut la guérir. Alors souviens-toi que tu n’as pas à toujours porter ce fardeau tout seul, surtout quand il est encore lourd.
Ressentir ta peur et ta honte sans distraction, sans « faire » quoi que ce soit, est la base pour guérir ton attachement anxieux. C’est un processus difficile, mais qui en vaut vraiment la peine. Et il n’y a pas de raccourcis. Mais quand tu sortiras de la tourmente, tu seras transformé. Tu auras la possibilité d’être seul si tu le souhaites, et tu cesseras de te comparer aux autres et de les mettre sur un piédestal. Tu deviendras calme, confiant et satisfait.
C’est seulement à partir de cet état que tu pourras former des relations authentiques basées sur le respect mutuel, plutôt que sur une hiérarchie fondée sur la dépendance et le besoin. C’est seulement à partir de cet état que tu pourras évoluer vers un attachement sécurisant une fois pour toutes.