Tu partages tes émotions ou tu les imposes aux autres ?

La bonne façon d'exprimer tes émotions

Écrit par JH Simon

Tu partages tes émotions ou tu les imposes aux autres ?

Les émotions sont les fils qui tissent nos relations.

Quand quelqu’un exprime sa tristesse ou son chagrin, ça déclenche notre empathie et nous rappelle les moments où on a vécu des pertes et des déceptions.

Il n’y a rien de plus satisfaisant que de rire aux éclats avec quelqu’un à propos d’une chose particulière qu’il a dite ou faite. Tu peux repenser à ces moments de joie partagée et, ce faisant, utiliser ces échos de bons moments pour te sentir plus proche de tes proches et plus positif à leur égard.

Même la colère peut renforcer les relations en nous permettant de briser les obstacles à la connexion. Si quelqu’un nous dérange ou nous blesse, notre colère envoie un message clair : son comportement affecte notre capacité à lui faire confiance et à nous sentir proche de lui. Ce sentiment de libération après la résolution d’un conflit est la cerise sur le gâteau et vient boucler la boucle de rétroaction positive qui renforce la relation.

Les émotions contribuent à créer des expériences humaines communes qui donnent un sens à nos relations. Cependant, le mot clé ici est partagées. Les deux parties doivent être égales et consentantes dans le partage émotionnel. Surtout, toute personne qui exprime une émotion, surtout négative, doit en assumer la responsabilité. Les autres peuvent faire preuve d’empathie et les soutenir en leur laissant de la place pour leurs émotions négatives, mais uniquement dans le respect des limites de l’autre. Ne pas le faire conduit à un déversement émotionnel.

Quand les émotions s’enfouissent

Les émotions négatives peuvent être difficiles à reconnaître et à ressentir dans leur intégralité, surtout si tu as grandi dans un foyer dysfonctionnel. Gérer nos émotions est une compétence que nous développons tout au long de notre vie, la phase cruciale se situant pendant l’enfance.

Les parents sains qui ne se sentent pas menacés par la colère permettent à leur enfant de faire des crises, mais les guident aussi pour qu’ils demandent calmement ce dont ils ont besoin, évitant ainsi d’avoir à faire une crise. Avec le temps, l’enfant apprend que la colère est permise et apprend aussi la bonne façon de l’exprimer et de l’utiliser dans le respect des droits des autres.

Les parents sains permettent à leurs enfants de faire des erreurs et leur inculquent ainsi une honte saine. Les enfants peuvent être tristes, frustrés, voire apathiques. Ils sont capables d’expier leurs méfaits et développent ainsi une culpabilité saine.

Les parents dysfonctionnels, surtout les narcissiques, interdisent l’expression ou la reconnaissance des émotions négatives. Ils font honte à leurs enfants pour les contrôler, répriment toute expression de colère et contrôlent leur comportement. Le parent dysfonctionnel néglige les besoins de l’enfant, ne le voit jamais tel qu’il est et l’utilise à ses propres fins. L’enfant finit par se couper de ses émotions, qui passent alors dans l’inconscient et sont rarement reconnues par son esprit conscient.

Comment fonctionne le déversement émotionnel ?

Les personnes qui se livrent au déversement émotionnel sont coupées de leurs émotions. Cependant, celles-ci ne disparaissent pas. Elles restent dans le corps. La pression de ces émotions refoulées a des conséquences néfastes, et ces émotions doivent donc être transférées à d’autres personnes sans être reconnues. C’est l’essence même du déversement émotionnel.

Les personnes qui déversent leurs émotions transmettent surtout leurs émotions négatives refoulées dans les conversations. Plus elles se sentent proches de quelqu’un, plus elles sont susceptibles d’entraîner cette personne dans leur sillage et de lui imposer leurs sentiments par le biais de sous-entendus.

Un parent peut te raconter une histoire « drôle » sur son enfant, mais dans cette histoire, il décrit en détail à quel point cet enfant était difficile et méchant. En réalité, celui qui raconte l’histoire est probablement irrité et frustré par son enfant, ou a l’impression de ne pas avoir de contrôle sur lui. Pourtant, il rit en décrivant les événements, et tu te sens obligé de rire avec lui. Pendant ce temps, tu ressens de la frustration, sans te rendre compte que le sous-entendu de l’histoire a un effet sur toi.

Si quelqu’un se sent triste et honteux, il peut te parler avec une expression angoissée et d’une voix monotone, ce qui te fait ressentir cette honte et cette tristesse.

La colère s’exprime souvent de manière cachée lors d’une discussion civilisée. La conversation commence calmement et respectueusement, mais le ton de la personne qui décharge ses émotions change, son expression faciale s’aiguise, et l’intensité et le volume de sa voix augmentent progressivement, jusqu’à ce que son interlocuteur se sente assiégé et finisse par se mettre lui aussi en colère.

Les personnes qui déversent leurs émotions n’agissent pas consciemment. Elles sont coupées d’elles-mêmes et, à cause de ça, elles coupent sans le vouloir les gens autour d’elles. Les personnes qui côtoient quelqu’un qui déverse ses émotions n’ont aucune idée de ce qui se passe, elles réalisent simplement au fil du temps qu’elles se sentent mal quand elles passent du temps avec cette personne.

Les personnes très sensibles, ou « empathiques », sont particulièrement touchées par le déversement émotionnel. Quand une personne qui se déverse émotionnellement parle à une personne empathique et qu’une connexion s’établit (ce qui est facile avec une personne empathique), elle sent inconsciemment qu’elle a la voie libre pour exprimer ses émotions douloureuses, et elle n’hésite pas à le faire.

Du déversement au partage, de l’aliénation à la croissance

Une personne qui déverse ses émotions se lance souvent dans une tirade ou un monologue et ne te laisse aucune place pour influencer son point de vue. Elle souhaite « vomir » ses émotions, mais ne veut pas s’arrêter pour réfléchir ou même reconnaître l’impact qu’elle a sur toi. Une personne qui déverse ses émotions ne grandit pas, car elle n’est pas présente lorsqu’elle exprime ses émotions.

Le partage implique une responsabilité, contrairement au déversement. Quelqu’un qui partage ses émotions sait clairement ce qu’il ressent et ce dont il a besoin. Si quelqu’un se sent triste, il dira qu’il se sent déprimé et assumera cette tristesse. Ce faisant, il donne à son proche l’occasion de faire preuve d’empathie et de reconnaître l’émotion sans la prendre en charge. De cette manière, les limites de l’être cher sont respectées et, mieux encore, l’émotion a enfin la possibilité d’être exprimée, libérée et apaisée.

Souvent, le simple fait de reconnaître et d’exprimer nos émotions tout en étant vu et reflété par quelqu’un d’autre nous fait nous sentir mieux. C’est ainsi que nous créons les liens qui renforcent nos relations. En respectant les limites de nos proches tout en partageant avec succès nos émotions, nous créons de la proximité et de la croissance plutôt que du ressentiment et de l’aliénation.

Les gens ne sont pas stupides. Ils sentent quand ils sont objectivés et utilisés. Le plus tragique dans tout ça : les personnes qui déversent leurs émotions blessent les gens qui les entourent sans obtenir le soulagement et la guérison dont elles ont tant besoin.

Pour passer du déversement émotionnel au partage, tu dois d’abord reconnaître tes émotions négatives. Tu dois avoir le courage de regarder en toi et de ressentir, ainsi que l’humilité de lever les mains et de demander de l’aide. Ce faisant, tu invites les personnes qui t’aiment à jouer un rôle de soutien à leur manière. Surtout, tu évites d’être manipulateur.

La personne qui partage ses émotions communique : « J’ai quelque chose en moi que j’ai besoin de libérer et d’assimiler, peux-tu m’aider à trouver comment faire ? »

La personne qui décharge ses émotions communique : « J’ai quelque chose que j’ai besoin de libérer. Tiens, prends ça et tais-toi. »

Partager, c’est conscient et mature ; déverser, c’est inconscient et immature. Partager, c’est créer des occasions de renforcer nos relations et d’élever notre croissance mutuelle. Qu’est-ce qui pourrait être plus crucial et bénéfique pour notre santé mentale, physique et spirituelle ?


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