Faire preuve d'empathie envers un parent qui t'a maltraité émotionnellement quand t'étais gamin

Comment l'empathie peut te libérer

Écrit par JH Simon

Faire preuve d'empathie envers un parent qui t'a maltraité émotionnellement quand t'étais gamin

Le syndrome de Stockholm est un truc fascinant. Si ta vie est entre les mains de quelqu’un de violent et que tu te rends compte qu’il peut te faire souffrir de façon horrible, la peur te ronge de l’intérieur. Tu deviens fou. Heureusement, le cerveau a un mécanisme de défense. Il te remplit d’émotions positives et te pousse à t’attacher à ton ravisseur, pour essayer de le convaincre de ne pas te faire de mal. En te transformant en allié, en l’opposé d’une menace, tu retrouves un sentiment de pouvoir dans une situation d’impuissance.

C’est exactement ce qui arrive à un enfant qui a un parent violent. Même dans une famille aimante, un enfant comprend inconsciemment que sa vie est entre les mains de ses parents. Ses chances de survie augmentent s’il se montre soumis, coopératif et aimant. Pour couronner le tout, l’enfant idéalise le parent et se convainc que celui-ci ne peut pas faire de mal. Le parent est parfait, il est tout-bon et, par extension, il est sûr.

Un enfant qui idolâtre ainsi son parent est l’un des aspects d’une dynamique appelée « clivage », qui est une tendance à voir les autres comme tout-bons ou tout-mauvais. Ils sont soit des personnes pourries et mauvaises qui méritent la haine, soit des personnes parfaites qui ne peuvent faire aucun mal. Il n’y a pas de juste milieu.
Les enfants, dans leur état vulnérable, ne peuvent pas se permettre de voir leurs parents comme capables de faire le mal. Ils les voient donc comme infiniment merveilleux, puissants et sages. Ils le font même s’ils doivent nier la réalité. C’est nécessaire pour le bien-être mental et émotionnel de l’enfant.

Dans le cas de parents abusifs, la terreur de l’enfant augmente considérablement. En conséquence, le clivage défensif s’intensifie pour s’adapter à la délire de l’enfant. Plus la terreur est grande, plus l’instabilité psychologique est importante. Avec son esprit fragile et son extrême vulnérabilité, l’enfant n’a pas le choix. Il se réfugie dans son imagination et s’attache à l’idée que son parent abusif est tout-bon.

À mesure que cet enfant grandit, le clivage reste inconsciemment ancré dans son esprit. Il continue de voir son parent comme bienveillant, au point de nier la réalité. Même lorsqu’il se rend compte que son parent était et continue d’être violent, il trouve des excuses. Il déclare irrationnellement son amour pour son parent, sachant au fond de lui qu’il le fait pour préserver sa santé mentale. C’est compréhensible.

Beaucoup de gens ne se permettent pas de voir leur parent tel qu’il est en raison de la tempête émotionnelle qui émerge avec cette réalité. Rage. Chagrin. Tristesse. Désespoir. Honte. Traumatisme — toutes les émotions que tu as refoulées pour pouvoir te sentir bien avec ton parent. Ce sera extrêmement difficile à gérer. Il faut du courage, de l’énergie, de la patience et des efforts pour traverser cette tempête initiale. Dans certains cas, le déni peut être la seule chose qui te protège de la psychose et de la folie.

Le danger guette ceux qui osent approcher la vérité. Tu devras avancer à ton propre rythme pour éviter d’être submergé. Le traumatisme n’est pas un jeu. Mais au-delà du danger se cache aussi une opportunité. L’un des résultats fascinants de la guérison des blessures de l’enfance et de la confrontation à la vérité est la capacité de voir au-delà du clivage défensif. La réalité émerge et se révèle sous toutes ses facettes. Tu en arrives à voir la situation du point de vue de tes parents. Avec de l’empathie, tu ne te contentes pas de voir, mais tu ressens la pression d’être mal équipé pour être parent. L’épuisement des nuits blanches passées à essayer de joindre les fins du mois. Le désir de tout donner à ton enfant, mais l’incapacité de garder ton calme au petit-déjeuner. Le sentiment d’inadéquation par rapport aux autres parents « parfaits » de ton entourage. Avec de l’empathie, tu prends aussi du recul et tu vois ce qu’était la vie de tes parents quand ils étaient enfants et qu’ils subissaient des abus horribles. Tu comprends qu’ils n’ont pas eu l’occasion de surmonter leur propre traumatisme et qu’ils ont soudainement été obligés de mettre leurs besoins de côté et d’être des parents parfaits. Notre génération a des possibilités de guérison dont nos parents ne pouvaient même pas rêver.

Ton empathie t’aide à comprendre la situation difficile de tes parents. Elle devrait aussi, espérons-le, te permettre de voir que ce n’était pas ta faute. Cela n’avait rien à voir avec toi. La vérité était bien plus compliquée que ce que ton regard « tout-bon » et « tout-mauvais » pouvait percevoir. Bien sûr, le comportement de tes parents était parfois horrible et peut être jugé comme très mauvais. Mais la réalité sous-jacente va au-delà de cela. C’était simplement ainsi. Et cela faisait mal. C’est toujours le cas.

Ça ne doit pas être un passe-droit pour tes parents. Fais attention à ne pas laisser ton empathie brouiller la vérité. Tes parents ont été violents, et ça a eu de vraies conséquences sur toi. Reconnais-le. Traite ça à ton rythme. Décide de ce dont tu as besoin pour guérir.

Si tes parents sont encore en vie, décide de la forme que prendra ta relation avec eux pendant le temps qu’il te reste. Mais ne le fais qu’après avoir assimilé ton passé et mis en lumière la vérité.

Les gens sont capables de bien et de mal. Mais en fin de compte, c’est à nous de décider quelle part de leur nature est bonne. Peuvent-ils s’amender ? Peux-tu travailler avec eux en fixant des limites, en acceptant leurs restrictions et en exigeant le respect mutuel ? C’est difficile à évaluer quand on a passé toute sa vie avec une vision déformée de son parent. Sans la vérité, tu ne peux pas déterminer leur essence.

Prends ton temps. Il se peut que ton parent soit trop endurci dans ses habitudes et qu’il fasse seulement semblant d’être aimant, dans l’espoir de te garder ouvert et connecté afin de pouvoir t’utiliser pour son approvisionnement narcissique. Il retournera ton empathie contre toi sans jamais se montrer vulnérable. Fais attention à cela.

L’empathie n’est pas un outil de déni, c’est une torche qui éclaire les nuances de la réalité. Elle devrait t’aider à acquérir la perspective dont tu as besoin pour voir la vérité de ton point de vue et de celui de ton parent. Elle devrait t’aider à trouver le pardon, afin que tu puisses guérir, aller de l’avant et vivre la vie que tu mérites.


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