On entend souvent dire sur Internet que les narcissiques passent leur temps à se mettre en avant, à manipuler les autres et à penser à faire du mal.
Quand on regarde la carte des troubles de la personnalité du groupe B, on se rend compte que la réalité est bien plus complexe. Les narcissiques psychopathes ont bel et bien des intentions préméditées et malveillantes. On les appelle les narcissiques malveillants. Les narcissiques avec un noyau limite ont de l’empathie et ne font du mal qu’à cause de leur peur de l’abandon et de leur dysrégulation émotionnelle. Les histrioniques veulent juste être remarqués et désirés. En gros, chaque « narcissique » peut être motivé par des raisons différentes.
Le narcissisme en soi n’est pas nécessairement mauvais ; c’est une stratégie de compensation pour une négligence émotionnelle chronique. Un narcissique n’a jamais été vu, ce qui a conduit à une honte et une anxiété écrasantes, ainsi qu’à un sentiment profond qu’il n’était pas digne d’amour. C’était trop douloureux à affronter, alors il a créé une version « spéciale » de lui-même qui était digne d’être vue — du moins dans son esprit.
Même si ça cause beaucoup de souffrance et de confusion aux gens autour d’eux, ce n’est pas prémédité ni intentionnel. Beaucoup de narcissiques essaient vraiment de fonctionner dans un cadre moral, mais trouvent que leur soi fragmenté est trop imprévisible pour être contrôlé.
Il existe aussi des narcissiques schizoïdes, qui arrivent généralement à rester dans leur coin. Leur narcissisme les pousse finalement à chercher de l’approvisionnement, mais après avoir blessé quelqu’un ou avoir été blessés eux-mêmes dans une relation, ils retournent dans leur isolement pour une longue période.
Les narcissiques malveillants créent beaucoup de stigmatisation et de confusion. De plus, le cycle « idéaliser-dévaloriser-écarter » du narcissique cause une immense souffrance à ceux qu’il séduit puis abandonne brutalement. Pour couronner le tout, les narcissiques compensent leur moi fracturé et leur dissociation en inventant de nouvelles versions de la réalité pour combler les vides, juste pour se sentir normaux et en contrôle. C’est ce qu’on appelle le détournement cognitif.
Ça nous amène à penser que les narcissiques sans tendances psychopathes, ou certains narcissiques peu prononcés, peuvent montrer des symptômes toxiques sans être forcément « mauvais » ou prémédités. Ils ne peuvent peut-être pas changer leur nature profonde, mais ils peuvent modifier leur comportement en surface et mettre en place des structures pour s’assurer de ne pas ruiner leur vie ou celle de leur entourage.
C’est souvent très difficile à faire.