L’abus narcissique ne se produit que si on arrive à te convaincre de réécrire le scénario dans ta tête sur qui tu es et ce que c’est ta vie.
On vit tous avec un mythe personnel, un ensemble de croyances qui définissent comment on devrait vivre, pourquoi on devrait vivre et qui on est dans la société. On tire généralement ça de notre famille et du monde en général.
En tant qu’enfants, on est pleins de vie, et c’est le rôle de la famille et de la société de nous apprendre quelles pulsions sont autorisées, lesquelles on doit modérer et lesquelles on doit carrément réprimer.
Dans une famille ou une société libre et émancipatrice, on a plein d’espace et d’occasions pour exprimer notre passion, nos rêves et notre énergie. On peut poursuivre nos objectifs, dire ce qu’on veut, faire du bruit, prendre de la place, danser, et bien plus encore. C’est l’essence même de la vitalité : sentir qu’on a le droit d’exprimer spontanément son énergie vitale comme on l’entend.
Un narcissique interfère dans ce processus pour deux raisons :
- Ta vitalité spontanée te rend puissant, et donc difficile à contrôler.
- Rediriger ta vitalité loin de la vie et vers le narcissique fait de toi une source beaucoup plus efficace d’approvisionnement narcissique.
Le narcissique réécrit ton scénario en t’impliquant et en te bombardant de prétendus « faits » sur toi-même sous forme de honte et de peur. Il te dit tout ce que tu fais de mal, remet en question toutes tes décisions et ridiculise tout ce qui ne correspond pas au mythe qu’il a créé à ton sujet. Si tu ne te conformes pas, il te punit en te punissant, en faisant de la triangulation ou en menaçant de partir.
Et quel est exactement ce mythe ? En termes simples : Tu es une personne sans valeur et incompétente qui a besoin d’une personne capable et supérieure comme le narcissique pour diriger ta vie, sinon tu n’es rien.
Toute personne sensée rirait de cette histoire. Mais le narcissique ne trahit pas son plan avec de tels mots. Son récit se compose de milliers de fils répartis dans d’innombrables situations et interactions.
Le narcissique donne de la puissance à sa stratégie en activant ton sentiment de honte et de peur. Ces émotions puissantes ont la capacité de te submerger et de temporairement effacer ta capacité à raisonner. Lorsqu’elles sont attisées pendant suffisamment longtemps, les fils s’entremêlent et effacent toutes les croyances que tu avais auparavant sur toi-même. Si le narcissique parvient à t’isoler de tes amis et de ta famille, ce processus s’accélère considérablement.
Le pire dans ce processus « destructeur », c’est qu’il te détruit si tu restes avec le narcissique, et si tu pars.
La mort par le maintien
Si tu restes enfermé dans la dystopie du narcissique, il te coupera toutes les voies vers une vie spontanée. Les narcissiques diabolisent le monde extérieur, y compris ta famille et tes amis. Ils méprisent les animaux et pourraient essayer de t’empêcher d’avoir un animal de compagnie à aimer. Une vie loin du narcissique est une menace. Tes loisirs sont ridiculisés. Ta capacité à penser de manière indépendante est détruite par des jugements continus et la surveillance de tout ce que tu fais.
En bref, le narcissique ne veut pas que tu sois « en vie ». Il veut que tes comportements et tes croyances soient programmés dans un seul but : lui fournir un approvisionnement narcissique. Tu n’es « en vie » pour lui que dans la mesure où tu es à sa disposition.
La mort en partant
S’éloigner du narcissique entraîne également la mort, car partir signifie l’effondrement complet du « soi » que tu as appris à connaître.
Rappelle-toi que qui tu es a été effacé et remplacé par la mythologie égoïste du narcissique. Qui tu es a été enraciné dans les caprices d’une personne paranoïaque et traumatisée. Tes émotions, ta psychologie et ton énergie vitale ont été canalisées à travers la machine bien huilée que le narcissique a tissée. La perte de tout ça crée une mort psychologique. Sans ton ancienne identité, tu n’as plus de « soi » et tu es précipité dans l’abîme.
Beaucoup de ceux qui ont mis fin à une relation narcissique peuvent témoigner de cet état « infernal ». C’est la raison pour laquelle ils sont restés au départ. Mieux vaut être quelqu’un qui est « vivant » en tant que source d’approvisionnement, plutôt que d’être « personne » et mort en conséquence.
Beaucoup racontent aussi comment ils ont traversé cet état terrifiant, en se créant un nouveau mythe plus équilibré sur qui ils sont, basé sur l’amour de soi, l’ouverture, la spontanéité et une communauté aimante.
Surtout, ceux qui récupèrent et guérissent d’abus narcissiques découvrent un sentiment d’identité enraciné dans leur vrai soi. La sagesse, l’intuition, la force, l’optimisme et la vie jaillissent tous de ce puits infini. Le narcissique t’a « tué » en te déconnectant de cette rivière qui coule, puis en la redirigeant vers lui-même comme approvisionnement narcissique.
Il faut tellement de temps pour redécouvrir cette rivière de vie parce que, comme une plante qui fleurit, tu dois passer par d’innombrables levers et couchers de soleil, d’innombrables nuits sombres et des jours confus avant d’avoir une structure psychologique cohérente que tu peux à nouveau appeler « soi ». Tu as la source de la vie en toi ; tu as juste besoin de créer la rive pour qu’elle puisse couler. C’est l’essence même de la récupération.
Si tu gardes la foi et acceptes la période de ténèbres qui accompagne le processus de guérison de l’abus narcissique, alors la rivière de la vie en toi coulera à nouveau. Les fils de la vie seront retissés pour former un soi puissant, cette fois-ci non pas par un narcissique, mais par toi-même.
C’est un paradoxe, car embrasser la vie, c’est d’abord embrasser la mort. De l’autre côté t’attend une vie qui vaut la peine d’être vécue, ainsi que la possibilité de devenir la personne que tu étais destiné à être.