Le narcissisme est une drogue infernale

Comprendre l'utilité et le caractère addictif de l'approvisionnement narcissique

Écrit par JH Simon

Le narcissisme est une drogue infernale

Pour faire une métaphore, le narcissisme, c’est comme gonfler un ballon. Le ballon, c’est le faux soi narcissique, et l’hélium, c’est l’approvisionnement narcissique. Quand quelqu’un a ton attention, il reçoit de l’hélium pour son ballon. Quand quelqu’un peut contrôler ta réaction, il reçoit aussi de l’hélium pour que son ballon reste gonflé. Si tu aides quelqu’un, ça peut aussi gonfler son ballon. Être reconnu pour tes talents ou ton apparence, c’est de l’hélium pour ton ballon narcissique. Tous ces actes renforcent le faux soi narcissique d’une personne.

Dans un monde où le pouvoir est le fer de lance, où le pouvoir est le moyen de satisfaire nos désirs et nos besoins, le narcissisme est une dynamique nécessaire dans nos vies. C’est le narcissisme sain, où on s’offre mutuellement de l’hélium métaphorique, qu’on échange entre nous comme une marchandise précieuse. Quand nos ballons sont gonflés, on se sent puissant et capable. La dopamine peut être irrésistible, nous donnant envie d’en avoir plus. Plus de pouvoir signifie plus de capacité, tout comme plus d’hélium signifie un ballon plus gros. Le problème survient lorsque l’expérience du ballon gonflé prend le dessus sur notre réalité.

Dans le cas d’un narcissique, cet état de ballon gonflé l’empêche de découvrir son vrai soi. Quand on retrace l’éducation d’un narcissique, ses premières expériences sont marquées par des traumatismes et des abus. Ils ont été agressés, manipulés et humiliés pour se comporter comme leurs aînés l’attendaient d’eux. Pour échapper au traumatisme, ils ont commencé à renforcer leur moi narcissique en recherchant l’attention, la réaction, la coopération et l’affirmation. Ils ont découvert que plus ils gonflaient leur ballon, plus ils se sentaient puissants et plus ils se sentaient réconfortés. Ils ont tout fait pour maintenir cet état, en manipulant leur environnement et les personnes qui les entouraient de toutes les manières possibles. Ils ne pouvaient en aucun cas risquer que quelqu’un ou quelque chose fasse éclater ce ballon. Personne ne pouvait remettre en question leur réalité.

Alors, qu’est-ce que le narcissique craint tant dans un soi dégonflé ? En réalité, nous vivons tous cet état à un moment ou à un autre. Le blues du lundi et le rejet en sont deux exemples simples. L’euphorie du week-end nous comble, et lorsque la source de ce plaisir disparaît, nous ressentons un manque brutal. L’espoir d’être accepté par quelqu’un nous élève, mais lorsque cet espoir est anéanti, nous retombons brutalement sur terre. Dans les deux cas, l’expérience est douloureuse et profondément inconfortable. Ce crash est un retrait narcissique, un peu comme une personne qui est en manque de drogue.

Ce qui différencie un narcissique des autres, c’est qu’il ne peut pas accepter cet état de chute libre. Laisser son ballon se dégonfler, c’est tomber dans le royaume de la honte, où la réalité prend le pas sur le fantasme grandiose. Les émotions du narcissique commencent à prendre le dessus, et le traumatisme et la rage refoulés remontent à la surface.

Encore une fois, métaphoriquement parlant, ce ballon maintient le narcissique à flot au-dessus d’une mare de lave en fusion, où la lave représente son traumatisme refoulé. La chute est une expérience douloureuse et tortueuse. C’est ce qu’il craint le plus. Le narcissisme, c’est comme être dans un état provoqué par une drogue, mais dans ce cas, la drogue, c’est le pouvoir. En coopérant avec un narcissique, en réagissant à ses réactions et en lui permettant de te contrôler, tu l’aides à maintenir son habitude tout en te privant du droit d’être autonome.

Pour surmonter le narcissisme en nous, nous devons être conscients des états gonflés et dégonflés de notre soi narcissique. Le gonflement narcissique est utile et nous permet de ressentir du plaisir et de saisir des opportunités dans notre vie. Le plus important, c’est d’accepter la phase de dégonflement et d’être ouvert à un sentiment de honte. L’expérience d’être au sommet de l’inflation puis de perdre notre approvisionnement narcissique est douloureuse, mais si on est assez mature, on peut l’accepter comme faisant partie de l’expérience humaine.

Si on peut résister à l’envie de trouver des moyens malsains de se gonfler, on redescend et on atteint un point d’équilibre. Qu’est-ce qui nous attend une fois que tout l’hélium a quitté notre soi narcissique ? Notre vrai soi, bien sûr. On atteint un état à la fois de vide et de plénitude, de calme et d’énergie, de traumatisme et d’anxiété, d’amour et de bonheur authentiques. Toute la richesse de l’expérience humaine est là pour nous si on a le courage de se laisser dégonfler de temps en temps, d’arrêter de gonfler nos ballons avec des actions, des stratagèmes, des pensées et des drames.

Même si le narcissique n’a pas trouvé ce courage, le dénigrer, c’est ignorer le fait qu’il n’a pas de terrain sûr sur lequel se dégonfler. Un traumatisme déstabilisant, lorsqu’il prend le dessus sur le vrai soi et se retrouve piégé dans un faux soi, peut signifier la fin de l’humanité d’une personne. Le chemin du retour peut être presque impossible.

Alors, comment se dégonfler consciemment et avec courage ? On le fait en étant conscient et en acceptant. Chaque haut est suivi d’un bas, et chaque secousse narcissique donne un sentiment de pouvoir d’une part, tout en nous privant de notre expérience humaine authentique d’autre part. En acceptant le retrait narcissique dans nos vies, on peut se gonfler de joie, puis se dégonfler volontiers pour revenir à l’humanité ; un luxe que le narcissique n’a pas.


Partager:
Partage cet article sur Whatsapp Partager cet article par e-mail Partager cet article sur Facebook Partager cet article sur Twitter Partager cet article sur Pinterest Partager cet article sur LinkedIn

Lire les livres

Approfondir

Parcourir